Macallan et le danger chinois


Et si les jours de Macallan étaient comptés ?

Après la lecture d'un article sur Whisky Magazine n°72, quelques reflexions s'imposent.

Après des belles paroles sur la qualité du produit, le dévouement des employées et tout le toutim, voilà enfin qu’on comprend mieux la raison d’être d’une si grande distillerie : la Chine.

Ah, la gourmandise, l’envie de gagner des gros sous. Exit les whiskies sans mention d’âge (plus besoin d’écouler inutilement des whiskies très jeunes), place au retour des indications d’âge selon la plus pure tradition écossaise : c’est ce qui se vend le mieux et qui rapporte le plus (heureusement d’ailleurs, il faut se le payer un stock dormant pendant 12 ans).

Produire des millions de litres par an ne pouvait se justifier que par l’envie de conquête d’un marché qui fait rêver tout industriel en herbe. Le marché européen est sauré et sans doute pas prêt à absorber une telle quantité de produit.

Production de stocks faramineux pour envahir un marché chinois constitué de millions de potentiels consommateurs, faméliques et gourmands de tous produits « made in Europe ». Le rêve.

Mais c’est ne pas connaître la Chine, un pays essentiellement lié aux métiers de l’agriculture ; vous sortez les grandes agglomérations (Shangai, Pekin, Shenzen,…) et vous avez un pays, de millions de personnes, où l’électricité n’est pas encore arrivée dans les campagnes, où l’on tire la charrette avec des animaux, sans tracteur motorisé. Le destin de chaque agriculteur est lié non pas à son travail mais au bon vouloir du gouvernement.

Sur les grandes agglomérations (Shanghai et sa proche couronne frisent les 15 millions d’habitants) là aussi  le parti règne en maître absolu, sans concessions. Et essaye d’utiliser la main d’œuvre des campagnes pour ses grands projets stratégiques.

Le comble serait que le gouvernement chinois limite drastiquement les importations de whisky d’Ecosse, au nom de la protection de la production interne et du développement de son parc de distilleries, avec cette main d’œuvre des campagnes disponible et corvéable à merci. C’est déjà chose faite avec les terres rares : après avoir jugulé le marché avec des prix très très bas, la Chine désormais est le seul maître à bord de ce type de production industrielle, liant de facto tous les pays à son destin et à son bien vouloir. Et les paysans sont déjà au fond des mines.

Sachant justement que Macallan a dépensé une fortune pour sa nouvelle distillerie, l’occasion sera trop belle aux yeux des chinois pour mettre le cout de grâce : soit Macallan construit une nouvelle distillerie en Chine, avec transfert du savoir-faire, of course, soit le marché chinois lui fermera les portes au nez et Macallan pourra gentiment essayer d’écouler inutilement sa production en Inde, là où l’esprit de conquête des chinois a déjà fait des émules. C’est-à-dire que l’Inde pourra proposer exactement le même type de deal : soit avec nous soit contre nous.

Pas trop réjouissante la perspective.

Le destin de Macallan sera donc lié à un fil très mince, celui de la volonté d’un peuple de faire main basse sur tout ce qui bouge. Parce que, soyons clair, une fois que les chinois auront compris comment Macallan travaille (la copie est dans leur culture), ils n’auront plus besoin de Macallan.

Macallan connaitra peut être des beaux jours, une production de bon aloi, des carnets de commande qui se remplissent vite : mais tout ça risque d’être démoli d’un jour à l’autre, les chinois seront impitoyables et n’hésiteront pas à couper le fax subitement pour ne plus envoyer de commandes.

Chaque jour passé sera un jour gagné.

Comme toujours, plus on monte haut, plus dure sera la chute.

J’espère que Macallan a pensé à un plan B, ils risquent d’en avoir besoin sous peu…