LE WHISKY ET LES TRADITIONS


Le whisky est un produit de tradition. 

Et pourtant, tout semble changer rapidement. 

Il faut dire aussi qu’une bonne partie des distilleries ont leur part de responsabilité dans ce chamboulement d’optique. Diageo en tête.

Heureusement, il y a encore de distilleries telles que Glengoyne, Jura, Ardbeg, Laphroaig et quelques-unes d’autre qu’essayent de miser sur les procédés de fabrication de leur whisky et sur le respect d’une tradition du bon vieux temps plutôt que de miser sur l’emballage de la bouteille.

Hélas, il semblerait qu’il n’y a plus le temps d’avoir le temps, il faut gagner de l’argent. 

Et vite.

Le temps nécessaire à la préparation d’une bonne bouteille semble désormais s’effacer, grâce à l’action des as du marketing de certaines distilleries, qui poussent les limites tarifaires vers des niveaux jamais atteints. La bouteille qui coutait 20€il y a encore quelques années se trouve désormais propulsée à 60€. Sans crier gare. 

Prenez du Macallan, vous êtes sur la bonne voie.

Et par l’effet de mouton, toutes les autres distilleries emboitent le pas de cette mode typiquement urbaine.

Pourquoi ?

Sans doute par peur de tomber dans un nivellement par le bas, le prix étant désormais le seul élément justifiant de la qualité d’une bouteille, plus que son contenu. 

Si une bouteille est chère, c’est une bonne bouteille. Les jeunes branchés urbains évaluent une bouteille à son prix, peu importe qu’il s’agisse d’une blend ou d’un single malt. C’est cher ? Alors c’est bon…

Quelle misère ce monde mondialisé !!!

C’est un peu comme croire que plus c’est vieux plus c’est bon…

Après la vague des NAS, c’est-à-dire la vague des bouteilles sans indication d’âge, nous sommes maintenant revenus au point de croire que l’indication des années de vieillissement comptent ; en effet, pour capitaliser sur la valeur marchande de la bouteille, on utilise désormais le nombre d’années de vieillissement comme un indicateur à la hausse de la valeur boursière du liquide.

Le vrai regard qu’on peut porter sur une distillerie, sur ses hommes, sur ses traditions, sur l’ambiance des ateliers, sur les salles de fermentation, sur ces énormes « pot stills » , sur les anecdotes des employés et sur tout ce qui n’est pas forcement monnayable, le seul vrai point de vue ne peut venir que d’une visite de la distillerie.

On verra ainsi la différence entre les monstres crées par Diageo à son de millions de dollars et des distilleries plus modestes comme Laphroaig sur Islay : il n’y a pas autant de dollars qui se baladent entre les murs mais une vraie passion pour le métier et la qualité du produit.

Et ce qui compte quand on achète une bouteille de whisky est le contenu ; les enfants de Diageo vous vendent un liquide passe partout, consensuel, neutre, les autres distilleries vous vendent du whisky, du bon whisky je veux dire.

A force d’entendre parler de millions de litres produits, de millions de bouteilles vendues, vous pourrez alors comprendre qu’une production de masse ne peut pas être une production qualitative et qu’une production de masse doit respecter une notion de retour sur investissement que les autres acteurs à la plus petite échelle peuvent ignorer.

Les nouvelles distilleries alignent des alambics à la dizaine avec une production tournée vers les pays émergents quand les distilleries à taille humaine utilisent du matériel d’une autre époque mais bien entretenu et parfaitement fonctionnel pour une production très qualitative tournée vers un marché plus modeste.

Il vaut mieux rester modeste, bien maîtriser ses fondamentaux et miser sur le long terme, que vouloir devenir trop grand et avoir les yeux plus gros que le ventre : plus vite on monte plus dure sera la chute.

Et compte tenu des actualités économiques tendues de cette période, certains risquent de tomber sévèrement et de ne plus pouvoir se relever…