Bunnahabhain

L’arrivée à la distillerie se fait par une petite route sinueuse, parfois un peu dangereuse puisque les accotements ne sont pas stabilisés et on risque, en marche arrière, de glisser dans le fossé.

 

En marche arrière ? Oui oui, vous avez bien lu. La route étant étroite, si on croise un autre véhicule, soit on nous laisse la priorité, soit on laisse passer. Des petites aires de dégagement sont prévues à cet effet mais si vous en avez passé une, il y a des fortes chances de devoir faire marche arrière. Or, le volant à droite fausse les repères habituels dans l’espace et il arrive parfois qu’on mesure mal l’espace restant pour la manœuvre : la veille de ma visite, un touriste allemand en a fait le frais et est glissé sur le côté dans le fossé.

 

Un conseil des locaux : faites marche arrière en ligne droite pour aller au-delà de cette petite aire de croisement, puis garez-vous en marche avant. C’est utile, je l’ai fait aussi.

 

Une fois que vous avez passé ces 4 miles de virages (le pire serait de croiser un camion qui remonte de la distillerie et que vous avez d’autres voiture derrière vous : frisson garanti) vous arrivez à la distillerie Bunnahabhain.

 

De premier abord, on dirait une vielle fonderie désaffectée : la route menant à l’intérieur est en mauvais état, les murs sont sales, on dirait vraiment un saut dans le passé dans un environnement d’industrie lourde.

 

La boutique d’accueil est toute petite, il y a quelques bouteilles à la vente et différentes babioles plus ou moins inutiles, ça fait moins pro que chez Caol Ila. A priori il y a un projet de déplacement de cette zone vers l’arrivée de la distillerie, ça serait bien mieux en effet.

 

Un petit pont permet d’avoir une vue d’ensemble de la distillerie, on peut sortir des belles photos.

 

La visite est plaisante, comme le whisky. L’environnement est un peu bruyant mais on comprend mieux comment ce whisky est conçu et fabriqué.

 

Ça reste une distillerie à taille humaine, plus artisanale que chez Diageo : les volumes produits en témoignent, tout comme la zone de mise en fût, vraiment petite (je découvrirai que chez Laphroaig c’est la même chose…).

 

Je reste persuadé que les employées qui travaillent ici n’ont pas conscience que le produit de leur travail s’exporte un peu partout dans le monde : quand vous habitez une petite île et que vous travaillez dans une usine un peu vieillotte, il est certain que vous avez du mal à vous projeter dans un monde moderne, dans le marketing et la consommation de masse. Pour en avoir discuté sur place, effectivement cette échelle « globalisante » échappe un peu à leur vision : c’est peut-être cet aspect et la taille modeste de la distillerie qui fait qu’on se concentre davantage sur la production d’un whisky de qualité et non pas sur la production à outrance d’un produit vite ficelé.

 

Pour preuve : lors de la visite, dans la salle des alambics, l’employé en charge de ce secteur était un peu agacé par notre petit groupe (une dizaine de personnes) et avais fais un signe au guide de se dépêcher à quitter les lieux : un gars un peu bourru, bosseur sans doute et qui, je suis sûr, ne vit que pour l’usine et qui est à mille lieux d’imaginer le rayonnement de la distillerie dans le monde.

 

Il y a là aussi différentes sortes de visites possibles, j’ai choisi la plus simple, qu’on appelle la « Distillery tour » à 7£ à la fin de laquelle on vous offre une petite dégustation.

 

Le métier est fait avec une bonne dose de passion, d’une manière artisanale.

 

Le whisky Bunnahabhain est un peu à part sur Islay, dans le sens où, sauf une version spéciale, leur production n’est pas tourbée. Or, les whiskies d’Islay sont connus pour leur goût tourbé.

 

A l’origine et jusqu’aux années 1960 la production était tourbée puis ils ont changé, tout comme ils ont changé le maltage qui se faisait sur place jusqu’au début des années ’60. Les locaux sont immenses et s’ils avaient envie de revenir au folklore des salles de maltage ils auraient largement de quoi faire.

 

Une autre visite intéressante et, je dois dire en toute franchise, un whisky très très bon.